Le secteur bancaire en Afrique fait face à un épineux problème de liquidités lié à la crise internationale.
La finance islamique, ou éthique, face à un épineux problème de liquidités pourrait être considérée dans ce contexte de crise comme un plus.
En guise de réponse, la BAD a prévu de mettre en place une série de mesures pour venir en aide aux banques
Tour d’horizon avec Hicham Kabbaj, avocat au Barreau de Paris, Hogan Hartson MNP, France, et Robert P.j. Zegers.
La finance islamique ou éthique pourrait être considérée dans ce contexte de crise comme un plus parce que la maîtrise de risques est beaucoup plus accrue.
Au Maroc, les produits islamiques ont été tués dans l’oeuf à cause du flou juridique et l’absence d’incitations fiscales.
La finance islamique pourrait améliorer la bancarisation de quelques points.
Le point avec Hicham Kabbaj, avocat au Barreau de Paris, Hogan & Hartson MNP, France.                                                                          
  • Finances News Hebdo : Est-ce que, dans ce contexte de crise, la finance islamique pourrait être une alternative à la finance actuelle?
  • Hicham Kabbaj : C’est une fausse idée de dire que la finance islamique pourrait être une alternative à celle classique. Elle ne peut pas être un substitut, mais surtout un complément. On ne peut pas changer un système qui existe depuis des lustres et arriver avec un système de bancarisation et de financement pour en faire un substitut. Mais cela n’empêche que l’on peut, selon les orientations religieuses de chacun, mettre en place un système conventionnel ou autre, un peu plus amélioré ou un peu plus éthique.
Mais on peut dire que dans ce contexte de crise, la finance islamique pourrait être considérée comme un plus parce que la maîtrise de risques est beaucoup plus accrue que dans le système conventionnel. Si on prend l’exemple de la titrisation qui est en fait un gros mot, c’est la subprirne qui a généré la crise. Pourquoi ? Parce qu’on a titrisé le risque sur un endettement pour des biens immobiliers alors qu’on savait à l’avance qu’il y avait une défaillance des emprunteurs. Tout cela, on l’a partagé avec tous les continents et on s’est retrouvé donc avec une crise mondiale.
Cela n’est pas envisageable dans la finance islamique qui repose sur les trois P (On partage les profits et les pertes). Aussi, il y a un élément très important : c’est le financement de quelque chose de tangible et palpable. «Je finance cet hôtel, cette voiture…». Donc la notion de «palpable» est très importante. C’est vrai que même dans la finance islamique, on ne peut se passer de la titrisation qui est très complexe. Mais il s’agit de règles qui s’inspirent des préceptes mécaniques de la Finance conventionnelle mais qui, en plus, se limitent à des choses qui ne sont pas interdites par les musulmans (jeu, alcool, commerce du porc et des armes…).
Donc, est-ce que ça peut être une alternative ? Je n’utiliserais pas le mot, mais il s’agit surtout d’un complément.
  • N.H. : Quels sont les piliers de la finance islamique ?
  • K.: La finance islamique repose en fait sur 5 piliers : l’interdiction de toute forme illicite : pas de rémunération sans risques, interdiction de la spéculation, toute transaction doit être sous-tendue par un actif tangible. La décision revient à l’investisseur qui doit être convaincu que l’investissement qu’il se propose de faire est conforme aux prescriptions religieuses.
  • N.H. : Qu’est-ce qui, d’après-vous, empêche le Maroc d’autoriser l’implantation des banques islamiques ?
  • K. : Vous savez, tout se passe d’une manière politique, si je puis dire. En octobre 2007, le gouverneur de Bank Al-Maghrib avait autorisé la commercialisation de produits islamiques. Il est vrai que sur le plan communication, cela n’a pas eu l’intérêt mérité. De même, sur le plan juridique et fiscal, on n’a pas pu adapter les choses. Mais cela n’empêche de dire que certaines banques de la place ont commencé à lancer ce type de produit. Le problème c’est qu’économiquement, ce n’était pas très intéressant. Parce que le commercial qui était chargé de vendre ce type de produit était obligé de dire que si voulez acheter un produit en leasing, cela vous coûterait tant, mais si vous voulez l’acheter via l’Ijaraa, cela vous coûterait un peu plus. Parce qu’il y a la NA sur les intérêts… Donc, comme je l’avais expliqué, ce type de produit n’a pas été accompagné d’une fiscalité adaptée et, bien entendu, les gens n’acceptent pas de payer «la prime à l’islamité». Donc, les produits islamiques ont été tués dans l’oeuf.
Mais, il faut avouer que les choses ont beaucoup évolué. Il faut aussi se mettre à la place du régulateur. Même en France, les choses ont pris beaucoup de temps. Il a fallu deux ans. Pourtant, on n’a pas encore délivré d’agrément pour une banque islamique. On s’attend à la première pour l’été prochain à cause d’un fort lobby. On n’a pas un lobby similaire au Maroc, mais c’est sûr que ça viendra.
  • N.H. : Peut-on avoir des chiffres récents sur la finance islamique ?
  • K.: A fin 2007, la finance islamique a généré 700 Mds de dollars. Son taux de croissance annuelle est à deux chiffres. 30% des investisseurs du Golfe optent pour ces produits islamiques et 60% procèdent à des comparaisons avec les produits classiques avant de conclure un acte d’investissement. Et en Attique, il existe 37 banques islamiques.
  • N.H. : Comment la finance islamique pourrait-elle contribuer à la bancarisation dans les pays d’Afrique ?
  • K.: Sa contribution à la bancarisation est très importante parce que l’on trouve des gens non bancarisés dans les zones rurales les plus arriérées. Peut-être que développer une offre éthique adaptée ferait ressortir des gens habitués à cacher leur argent dans les bas de laine ou derrière les placards. Dire que cela va faire exploser le taux de bancarisation à 50%, il ne faut pas rêver ! Mais cela permettrait sans doute de gagner quelques points.

 

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